A moyen terme, le marché de l'ADSL devrait saturer; le défi, pour continuer à gagner des parts de marché, est de parvenir à intéresser à l'informatique une partie de la population jusqu'ici délaissée, à savoir ceux pour qui un PC reste trop compliqué. En majorité constituée de seniors, cette population est demandeuse d'une intuitivité plus importante et de logiciels adaptés à leurs besoins.
D'un autre côté, les logiciels libres sont assez matures pour permettre d'effectuer l'ensemble des opérations dont cette population est demandeuse, et l'adaptabilité aux besoins spécifiques est au coeur même de la démarche du Libre. Il semblait donc particulièrement pertinent de conjuguer la volonté d'ouverture aux néophytes à la création d'un projet libre.
Pour schématiser, il s'agissait de réaliser un terminal Internet aussi simple d'utilisation qu'avait pu l'être le minitel en son temps. Ce n'est d'ailleurs pas un mystère si le taux de pénétration qu'a eu le minitel reste encore aujourd'hui bien supérieur au taux de pénétration des ordinateurs. Dans la prolongation du système des "box" initié par Free, l'équipe de R&D de Neuf a voulu franchir à son tour une étape en créant une "gate", qui intègre donc à la fois les fonctionnalités d'un modem-routeur et celles d'un PC.
Ainsi, le projet vise à rendre l'informatique accessible par le biais de logiciels libres; la cible visée est très large et importante : un français sur deux n'est pas équipé en informatique, et trois sur cinq n'ont pas de connection Internet. Les "convertis" à l'informatique par ce biais ne tomberont donc pas sous le coup de la dépendance aux logiciels propriétaires courants, ils prendront l'habitude dès le début d'utiliser Iceweasel plutôt qu'Internet Explorer, d'enregistrer leurs textes sous format ouvert plutôt qu'en .doc, etc.
Par ailleurs, la présence dans les magasins de grande distribution de représentants EasyNeuf a permis d'en montrer la simplicité d'utilisation à un large public. Même ceux qui ne sont pas repartis avec une EasyGate sous le bras ont ainsi pu assister à des démonstrations de logiciels libres, là où d'habitude le logiciel propriétaire trône en maître absolu.